La place des femmes dans le sport

Femme qui fait du sport

Il aura fallu plus de dix-neuf siècles pour que les femmes puissent légitimement commencer à faire leur entrée dans le monde du sport.

Aujourd’hui, si le sport semble être accessible aux femmes dans les sociétés occidentales, les performances féminines ne sont toujours pas reconnues, ni récompensées, au même titre que celles de leurs homologues masculins.

Revenons sur le combat des femmes, dans leur quête du droit aux activités sportives et sur les plus belles performances des championnes féminines.

De l’Antiquité à l'ère Moderne, une régression sportive

Le sport féminin et l’Antiquité

Fresque antiquité femmes pratiquant le sportL’Antiquité semblait présager une démocratisation du sport à court terme, sans discrimination sexuelle.

En Grèce, les femmes pouvaient pratiquer librement entre elles, des activités sportives. Une compétition leur était concédée tous les quatre ans, les jeux Héréens, qui consistaient en une course de 160 mètres.

À Rome, les femmes avaient le droit d’assister aux tournois sportifs masculins ; quelques Romaines furent même gladiatrices. Les femmes pouvaient s’adonner librement à certaines activités athlétiques de loisir, comme en témoignent plusieurs textes et mosaïques antiques. 

La mosaïque de villa romaine du Casale, à Piazza Armerina en Sicile, nommée Les jeunes Filles en Bikini, est une illustration précieuse (probablement des jeux de Rome de l’an 320). Elle représente des jeunes filles en maillot deux pièces, s’exerçant au lancer de poids, course, saut avec haltères et jeu de de balle, ainsi que le couronnement de la gagnante.

Le Moyen Âge, une forteresse impénétrable pour le sport féminin

Au Moyen Âge, le corps de la femme devient tabou, son rôle primordial est de procréer et il se doit également de rester féminin. De plus, les loisirs sont incompatibles avec la vie des femmes médiévales, excepté l’équitation pour celles issues de milieu aisé.

À partir du Moyen Âge, les preuves de pratiques sportives féminines sont quasiment inexistantes jusqu’au début du XIXème siècle ; mis à part le jeu de paume occasionnellement pratiqué par la bourgeoisie féminine.

La valorisation de la gymnastique portée par l'intérêt politique

Il faudra attendre 1820, où sera signé le premier traité de gymnastique féminine ; la première pierre qui accorde officiellement une place à la femme dans le monde sportif. 

L’intérêt grandissant pour la gymnastique, dans la société française du XIXème siècle, n’est pas anodin. Son objectif est de rendre cette discipline obligatoire dès l’école primaire, afin de préparer physiquement les garçons aux métiers d’ouvrier ou de l’armée, et les filles aux tâches ménagères et autres métiers réservés aux femmes.

En parallèle, les femmes de classes aisées ont accès à certains sports, mêmes mixtes, tels que le tennis, l’équitation, la natation et la gymnastique ; disciplines considérées comme nobles et gracieuses. 

Cependant, les femmes ont toujours énormément de mal à se faire une place dans les compétitions officielles, chasse gardée des hommes.

Le XXème siècle, entre petites victoires et grandes restrictions

Les fruits du combat de femmes sportives

Grâce à l’influence de sportives militantes, certains sports se sont ouverts officiellement aux femmes, même en compétition. Nous pouvons citer, entre autres, les basketteuses Clara GREGORY BAER et Senda BERENSON ABBOTT, mais aussi Annette KELLERMAN, championne de natation en 1900 et créatrice du maillot de bain une pièce.

La première guerre mondiale participant à l’émancipation des femmes en France, verra naître deux associations sportives féminines ayant pour vocation de facilité l’accès des femmes aux compétitions officielles : 

- 1918 : la Fédération des Sociétés Féminines Sportives Françaises (FS.F.S.F.) présidée par Alice MILLA

- 1919 : la Fédération Internationale Catholique d'Education Physique et Sportive créée par Marie-Thérèse EYQUEM

“ La femme n'est pas faite pour lutter mais pour procréer ” (Docteur BOIGEY, 1922)

En parallèle, la moralité de l’époque, tenta de s’opposer à l’insertion de la femme dans le sport au cours des 30 premières années du XXème siècle. 

Scientifiques, politiciens et autres hommes d’influence dénigraient l’exhibition du corps féminin, la masculinisation de la femme, sa place dans la société qui est le foyer, les risques liés aux efforts et chocs sportifs qui pourraient les rendre infécondes, ou encore le développement de la nervosité liée à l’esprit de compétition.

Les déclarations outrageantes de Pierre de COUBERTIN a certainement incité les femmes à redoubler d’énergie pour prouver que le sport avait également une place pour elles : 

“ Aux Jeux Olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs ... ”

“ Une olympiade femelle est impensable, elle serait impraticable ... ”

Un pas en avant, deux pas en arrière

FootballeusesAux Etats-Unis, des règles ont été instaurées pour les basketteuses en 1895 : obligation de tirer les paniers avec une seule main et d’exercer trois dribbles maximum afin de rester gracieuses sur le terrain et interdiction d’arracher le ballon.

Si le premier match de football féminin a lieu en France le 30 septembre 1917, il sera très rapidement interdit dans l'Hexagone ainsi qu’en Angleterre.

De plus, le port de la jupe est obligatoire, sauf pour la natation et la gymnastique (qui peut se pratiquer en pantalon). Cette contrainte vestimentaire handicape les femmes dans leur agilité et la progression de leurs performances ; un découragement supplémentaire pour les femmes à s’investir dans une activité sportive.

Les Jeux Olympiques, un vecteur de reconnaissance pour les femmes

Saut de haieMalgré tout, les Jeux Olympiques ouvrent progressivement leur porte aux athlètes féminines dans certaines disciplines, telles que le tennis et le golf en 1900, la boxe (1904), la natation (1908), ou encore l’athlétisme et la gymnastique (1924).

En parallèle, quelques championnes deviennent très médiatisées, comme la joueuse de tennis Suzanne LENGLEN et la multisport Violette MORRIS (athlétisme, football, pilote automobile) dans les années 20 ; ainsi que Mildred DIDRICKSON ZAHARIAS (athlète omnisport) dans la décennie suivante. 

De son côté, Alice MILLIAT, continue ses actions pour légitimer la place des femmes dans le monde du sport ; et permet ainsi au sport féminin d’être pleinement reconnu aux J.O. de 1928 avec un taux de participation féminine de 9,60 %.

La progression des femmes aux Jeux Olympiques d’été : 

- 1912 à Stockholm : 2 %

- 1928 à Amsterdam : 9,6 %

- 1964 à Tokyo : 13,2 %

- 1976 à Montréal : 20,7 %

- 1992 à Albertville : 30 %

- 2016 à Rio : 45 %

- 2021 à Tokyo : les inscriptions actuelles promettent un taux supérieur à 50 %

Quelques grandes dates qui ont favorisé l'essor des femmes dans la société et dans le sport :

- 21 avril 1944 : droit de vote des femmes et d’être élues

- 15 juin 1965 : l’école devient mixte sauf en cours d’E.P.S.

- 1970 : les cours d’E.P.S. deviennent mixtes

- 1973 : Billie Jean KING fait appliquer l’égalité des primes à l’U.S. Open (seulement en 2000 pour l’Open d’Australie, puis 2007 pour Roland Garros et Wimbledon)

- 1990 : Flor ISAVA FONSECA, première femme élue membre au C.I.O.

- 2014 : les Jeux Olympiques autorisent la participation des femmes au saut à ski 

Au cours de la seconde partie du XXème siècle, les femmes ont continué, non sans peine, à s’affirmer dans le sport. Elles ont prouvé qu’elles étaient capables de grands exploits, parfois même supérieurs à ceux des hommes.

Retour sur les championnes qui ont marqué l’histoire

- Marie PARADIS, alpiniste française : première femme à gravir le Mont Blanc en robe (!!!) en 1808

- Charlotte COOPER, joueuse de tennis anglaise : 1ère médaille d’or féminine aux J.O. de 1900

- Suzanne LENGLEN, joueuse de tennis française : 2 victoires à Roland Garros, 6 à Wimbledon, 1 médaille d’or olympique

- Nadia COMANECI, gymnaste roumaine : aux J.O. de Montréal en 1976, elle obtient 7 fois la note de 10 (jamais atteinte) et par conséquent, la médaille d’or en gymnastique au concours général, aux barres asymétriques et à la poutre

- Jeannie LONGO, cycliste française : 59 titres nationaux (dont 3 au Tour de France), 13 titres de championne du monde, 38 records du monde et 4 médailles olympiques dont 1 en or

- Florence ARTHAUD, navigatrice française : première et seule femme à remporter la Route du Rhum en 1990 

- Martina NAVRATILOVA, joueuse de tennis tchèque : record de titres en simple, dont 167 remportés et la plus longue série de victoires consécutives (74) de l’histoire du tennis. Une carrière d’une longévité impressionnante de 1973 à 1994 puis de 2000 à 2006.

- Marie-José PEREC, athlète du 400 et 200 m française : 3 médailles d’or olympiques, 2 aux Championnats du monde, 3 aux Championnats d’Europe, et 5 aux Championnats de France

- Lisa LESLIE, basketteuse états-unienne : 4 titres olympiques consécutifs en 1996, 2000, 2002 et 2004, 3 fois sacrée meilleure joueuse de la WNBA, double championne du monde avec l’équipe des Etats-Unis et double championne du monde avec la WNBA

- Allyson Michelle FELIX, sprinteuse états-unienne : 9 médailles olympiques (dont 6 en or) et record du plus grand nombre de titres mondiaux (13 contre 11 pour Usain BOLT) et record du monde en relais 4 x 100 m en 2012

- Marta VIEIRA da SILVA, footballeuse brésilienne : élue 5 fois meilleure buteuse de l’année par la FIFA de 2006 à 2010 et meilleure buteuse de la Coupe du Monde 2007

- Sarah THOMAS nageuse états-unienne : record de traversée de la Manche avec sa quadruple traversée en 54h10mn (2019), le record masculin stagnant sur une triple traversée en 1987 par Philip RUSH.

Au XXIème siècle, des inégalités persistantes

Femme pratiquant l'haltérophilieSelon le Ministère du Sport, 63 % des femmes pratiquent une activité sportive régulière, contre 69 % pour les hommes. Le sport semble donc instauré de manière assez équilibrée dans la vie des Français. 

Pourtant, de lourdes inégalités persistent pour les sportives de haut niveau, notamment en termes de rémunération. Au niveau de ligue 1, les salaires moyens peuvent avoir un coefficient multiplicateur variant de 1,4 à 17 entre les salaires fixes des hommes et des femmes. Les primes de match des joueuses de football sont 10 fois inférieures à celles des hommes.

Dans le Rugby qui est pourtant un sport très médiatisé, les femmes ont toutes un statut amateur, donc aucune rémunération mensuelle.

Les sportives de statut professionnel sont donc souvent obligées d’exercer un autre métier en parallèle de leur discipline. Situation qui réduit considérablement leur temps d'entraînement sportif.

Si les femmes sont parvenues, non sans obstacles, à s’inscrire dans le monde du sport, le combat continue pour rendre leurs performances aussi prestigieuses que celles des hommes ; mais aussi pour bénéficier du respect qu’elles méritent. Aujourd’hui encore, elles sont souvent victimes d’insultes ou de sous-entendus sexistes.

Chez LEVEL addict, nous prônons le respect, l’égalité et la reconnaissance pour tous, sans distinction de sexe ou d’âge ; et nous encourageons les femmes à pratiquer une activité sportive régulière pour leur bien-être.

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